Tour du Mont Blanc (jour 8)Tour du Mont Blanc de Jean Caud
(huitième journée)
Tôt levé. Nous jetons un oeil timide par la fenêtre pour voir le " grand beau ". Un ciel bleu sans nuage, un soleil éclatant. Au bout de la rue principale, le Mont Blanc. Au petit déjeuner, tout le monde est heureux. Dehors, les commerçants s'interpellent. Les portes des échoppes sont grandes ouvertes, quitte à porter un chandail car le fond de l'air est frais. C'est avec exubérance, et un brin de générosité, que l'on nous pèse le fromage et que l'on nous vend le pain.
Et c'est le départ. Le sentier de montagne s'élève sur le mur de la vallée qui fait face au Mont Blanc. On randonne quelques temps en forêt, mais rapidement les arbres laissent place à des broussailles et c'est l'éblouissant spectacle. Devant nous, formant l'autre mur de la vallée, le massif du Mont Blanc. On voit tout. Son sommet, l'Aiguille du Midi, le Grand Montet, les Grandes Jorasses, le Glacier d'Argentière, celui des Bossons, la Mer de Glace. Les yeux ne savent plus où regarder. Nous avons l'impression de flotter quelques pieds au-dessus du sentier. J'écris ces lignes trois ans plus tard, et juste à l'écrire, sans même regarder les photos, je suis envahi par le même sentiment d'allégresse qu'alors.
Nous marchons, le regard rivé sur le spectacle, sans trop regarder où nous allons. J'avoue ne plus me souvenir s'il faisait chaud, si le sentier montait, descendait ou restait à plat, je me rappelle juste que j'ai bien du passer un rouleau de pellicule sur le glacier d'Argentière, puis sur celui des Bossons. En fait, je ne rappelle pas non plus, mais j'ai les preuves devant moi.
Vers onze heures, nous jetons un coup d'oeil sur notre destination. Nous sommes surpris de voir le refuge des Flégères où nous passerons la nuit. Nous évaluons la distance à une demi-heure de marche, tout au plus. Et il ne faut pas arriver avant dix-sept heures. Que faire ? Nous consultons la carte où nous voyons une multitude de sentiers qui couvrent la montagne. Un de ces sentiers se rend à un petit lac, le Lac Blanc. Bel endroit pour déjeuner et passer le reste de l'après-midi.
Après une montée d'une heure, nous arrivons à un petit plateau sur lequel repose un lac, tout gelé encore en ce mois de juillet. C'est qu'à 2352 m d'altitude, l'été est plus court que l'hiver. Les mots me manquent pour décrire la magnificence de ce paysage. Il nous a littéralement coupé le souffle et ce n'est pas une figure de style. Heureusement, le refuge servait cafés et pâtisseries. La tarte aux fruits prise au dessert nous a permis de reprendre les forces perdues à admirer le paysage avant de redescendre vers notre refuge où, pour couronner cette journée, nous avons admiré une chose semble-t-il rare, le coucher de soleil sur le Mont Blanc.
Nous ne pensions pas que nous pourrions être transportés d'allégresse par un paysage aussi beau que celui de la veille. Et pourtant, c'est ce qui est arrivé.
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